Manif du 1er mai : à Paris, 40000 manifestants et 220 gardes à vue

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Les autorités avaient prévenu, elles ont mis le paquet. Contrôles dans les gares, voitures fouillées à l’entrée de Paris, arrestations préventives, parcours des manifestations nettoyés dès mardi soir, transports publics fermés: tout ou presque a été tenté en amont pour écarter les risques d’embrasement en marge des cortèges du 1er-Mai. Gare Montparnasse, épicentre de cette journée à hauts risques, des policiers ont pris position dès le début de matinée. Gare du Nord, à la descente du train en provenance de Maubeuge à 10h44, une dizaine de policiers procède à un barrage filtrant sur le quai. Cette équipe de la police aux frontières est mobilisée en ce 1er-Mai depuis le petit matin. D’un geste autoritaire du bras, ils indiquent à des voyageurs choisis dans la foule (essentiellement des hommes) de se placer sur le côté. Puis contrôlent le sac, les papiers d’identité et réalisent une fouille au corps rapide. «Ils vérifient aussi qu’on est bien inscrits sur ce train», explique Nicolas*, un de ces voyageurs contrôlés. Pour lui, en ce jour de manifestation, «c’est normal de se faire contrôler, ça montre que c’est sécurisé». D’autant qu’il l’assure, il n’a «rien à cacher».

Dans la gare, deux autres policiers procèdent à des contrôles aléatoires à la volée. Un jeune Autrichien en vacances à Paris vient de vider son sac devant les forces de l’ordre. Pas vraiment inquiet, le touriste habillé de noir et casquette sur la tête n’est même pas au courant de ce qu’ils cherchent. Il n’a jamais entendu parler d’une quelconque manifestation aujourd’hui. «Pour moi c’était comme ça au hasard», admet-il, avant de nous interroger, amusé : «vous pensez que c’est à cause de la casquette ?».

L’un des policiers en charge de ces contrôles se justifie : «nous on travaille ici, on est la police aux frontières donc c’est normal de nous voir ici. Si vous revenez demain, vous nous trouverez ici». Même si , de toute évidence, le dispositif est bien renforcé en ce 1er-Mai. Des contrôles sont prévus toute la journée à la descente des trains à Gare du Nord. Rien d’exceptionnel, assure le policier d’autant que «c’est calme» et qu’ils n’ont pour le moment procédé à aucune arrestation. «Par contre à Montparnasse, ça doit être un peu plus chaud», glisse le responsable.

Un couple de retraités en partance pour Lille observe le petit manège d’un air amusé depuis une dizaine de minutes. «Ils n’en trouvent pas beaucoup, des gilets jaunes. À mon avis ils sont arrivés depuis bien longtemps», dit l’homme, moqueur. Pour eux non plus, pas de quoi paniquer : «C’est normal avec le bordel prévu aujourd’hui». (De notre journaliste Gurvan Kristanadjaja)

Les premiers Tibétains étaient des Dénisoviens

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Quelques fragments osseux – la phalange et une dent d’adolescente – retrouvés dans une grotte de l’Altaï, en Sibérie : voilà ce qui a permis en 2010 de décrire un nouveau groupe humain, les Dénisoviens, éteint, suppose-t-on, depuis 50 000 ans. Cet homme de Denisova, du nom de la cavité sibérienne où les restes ont été découverts, n’a pas totalement disparu : ce cousin de Néandertal a en effet légué une petite part de son patrimoine génétique – on le sait grâce au séquençage du génome d’un des bouts d’os – à certaines populations arctiques, asiatiques et mélanésiennes. Cependant, faute de fossiles dénisoviens, les scientifiques restaient sur leur faim et ne pouvaient dresser qu’un portrait partiel de cette humanité oubliée.

Moitié de mandibule

La dernière livraison de la revue Nature, jeudi, vient combler quelques manques. Pour la première fois, les paléoanthropologues Fahu Chen, de l’Institut de recherche du plateau tibétain, et Jean-Jacques Hublin, de l’Institut Max Planck d’anthropologie évolutionniste de Leipzig, à la tête d’une équipe internationale, y décrivent une moitié de mandibule ayant appartenu à un représentant des Dénisoviens. «On a enfin trouvé un Dénisovien qui ressemble à quelque chose, se félicite auprès de Libération Jean-Jacques Hublin. Mais c’était aussi une surprise de trouver des traces humaines aussi anciennes à 3 300 mètres d’altitude sur le plateau tibétain.»

La mandibule de Xihae découverte en 1980 dans la cavité de Baishiya Karst, au Tibet. Photo Dongju Zhang, Lanzhou University.
La mandibule de Xihae découverte en 1980 dans la cavité de Baishiya Karst, au Tibet. (Photo Dongju Zhang, Lanzhou University)

Comme souvent en paléoanthropologie, cette trouvaille a une histoire rocambolesque. Avant de révéler ses secrets aux chercheurs, ce bout de mâchoire, en très bon état de conservation, «avait longtemps été laissé en sommeil», raconte le scientifique, professeur au Collège de France. Découvert en 1980 par un moine bouddhiste dans la grotte de Baishiya Karst, non loin de la cité tibétaine de Xihae, le fossile avait en effet été confié au sixième bouddha vivant de Gungthang. Il a ensuite atterri à l’université chinoise de Lanzhou qui, privée de spécialistes de la lignée humaine, l’a longtemps remisé au placard. «Un jour de 2016, j’ai reçu un mail avec des photos et j’ai compris que cela pouvait être très intéressant», poursuit Jean-Jacques Hublin. A partir de 2011, les fouilles dans cette cavité longue d’un kilomètre sont compliquées par la présence d’un sanctuaire tibétain. Mais les chercheurs mettent tout de même la main sur des outils, des ossements d’animaux avec des traces de découpe, bref, la preuve d’une occupation humaine.

Allèle de l’altitude

La mandibule, elle, livre peu à peu ses secrets. Datée de 160 000 ans, cette demi-mâchoire se révèle d’abord être le plus ancien fossile d’un homininé retrouvé à de telles altitudes – les plus vieux restes humains exhumés dans l’Himalaya dataient à ce jour de 30 000 à 40 000 ans –, ce qui explique pourquoi ce groupe humain avait par ailleurs une bonne adaptation à un environnement pauvre en oxygène. «Une mutation génétique a dû se fixer chez les Dénisoviens, poursuit le chercheur français. L’allèle du gène qui facilite la vie en altitude a ensuite survécu dans le génome des populations tibétaines actuelles. C’est sûrement les restes de croisements lors du remplacement des Dénisoviens par Homo sapiens.»

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Mais pour parvenir à ces résultats, encore fallait-il avoir de la matière. Or le fossile tibétain ne contenait aucune trace d’ADN ancien prête à être analysée. L’équipe de Fahu Chen et de Jean-Jacques Hublin est donc allée chercher des informations ailleurs en étudiant la structure des protéines anciennes (ce qu’on appelle dans le jargon scientifique une analyse paléoprotéomique) contenues dans une molaire pour la comparer avec d’autres déjà identifiées. Grâce à cette méthode ainsi que l’étude des caractéristiques morphologiques de la dentition, proches de celles des homininés est-asiatiques du Pléistocène moyen (il y a entre 126 000 et 781 000 ans), les chercheurs ont alors déduit qu’il ne pouvait s’agir que de l’homme de Denisova. «J’étais persuadé qu’il y avait des restes dénisoviens au-delà de l’Altaï, mais c’était difficile à prouver, conclut le chercheur français. Je suis désormais sûr que l’on va trouver d’autres fossiles de ce groupe, notamment en Chine.»


Florian Bardou