On a (peut-être) vu un trou noir avaler une étoile à neutrons

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C’est «un événement qu’on n’avait encore jamais observé» dans l’espace… Un mariage mixte ! La communauté astronomique est heureuse (et très émue) d’annoncer ce jeudi qu’elle vient d’assister pour la première fois à la rencontre fusionnelle entre un trou noir et une étoile à neutrons.

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Ces astres très compacts ne sont pas rares dans l’univers : ce sont des résidus d’étoiles massives, qui subsistent après leur explosion en supernova. Les couches externes de gaz sont éjectées à grande vitesse, et forment de belles nébuleuses observables au télescope, et le noyau de l’étoile s’effondre sur lui-même. Les étoiles massives (d’une dizaine de fois la masse du Soleil) laissent derrière elle des étoiles à neutrons – un litre de ces astres pèse… plusieurs milliards de tonnes. Les étoiles encore plus imposantes (de l’ordre de trente masses solaires) produisent des cadavres encore plus denses qui piègent même la lumière : les trous noirs.

De temps en temps, les trous noirs et les étoiles à neutrons qui peuplent nos galaxies s’attirent l’un l’autre dans leur puissant champ gravitationnel, et se tournent autour jusqu’à fusionner. Ces événements sont parmi les plus violents de l’univers, et ils envoient une onde de choc qui se propage autour d’eux, déformant la géométrie de l’espace-temps comme une vaguelette déforme la surface de l’eau quand on y jette un caillou. L’existence de ces ondes dites gravitationnelles a été prédite par Einstein en 1916… et confirmées par l’observation pile un siècle plus tard, en 2016.

Fonctionnement d’un interféromètre (d’après Stannered, GFDL)Fonctionnement d’un interféromètre (d’après Stannered, GFDL).

Pour les détecter, des instruments géants ont été construits. L’un, Ligo, est installé en double exemplaire aux Etats-Unis, l’autre, surnommé Virgo, est basé près de Pise, en Italie. Grâce à des bras longs de 3 à 4 kilomètres dans lesquels circulent des lasers, des miroirs pour les réfléchir et allonger encore leur trajet, des récepteurs précis et des superordinateurs pour analyser les résultats, on sait désormais enregistrer les microdéformations de l’espace-temps quand la Terre subit le passage d’une onde gravitationnelle.

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Et surtout, en décortiquant la forme du signal, on arrive à déterminer l’événement à la source de l’onde gravitationnelle, sa localisation approximative dans le ciel et la masse des astres qui ont fusionné. Ainsi, on a déjà détecté depuis 2015 une dizaine d’ondes provoquées par la fusion de deux trous noirs. Fin 2017, la collaboration des équipes Ligo-Virgo a également annoncé la détection d’une fusion d’étoiles à neutrons.

Signal de la première onde gravitationnelle (GW150914) détectée par l'interféromètre Ligo, le 14 septembre 2015. Signal de la première onde gravitationnelle (GW150914) détectée par l’interféromètre Ligo, le 14 septembre 2015. Image B. P. Abbott et al.

Et aujourd’hui, alors que Ligo et Virgo sont en état de marche depuis un mois seulement, après une période de travaux pour les rendre plus performants, cinq signaux potentiels ont déjà été enregistrés, et autant d’alertes rendues immédiatement publiques. Elles doivent encore être confirmées par de scrupuleux calculs, mais elles s’avèrent déjà prometteuses : il y aurait trois fusions de trous noirs, une fusion d’étoiles à neutrons et une rencontre le 26 avril entre un trou noir et une étoile à neutrons, totalement inédite.

«Je n’aurais pas pu rêver d’un meilleur moment pour être de quart ! J’espérais au mieux voir une possible fusion de deux trous noirs, certainement pas […] la première fusion entre une étoile à neutrons et un trou noir jamais observée !» s’enthousiasme Olivier Minazzoli, chercheur au Centre scientifique de Monaco, qui supervisait le «suivi de la qualité des données» de Virgo la semaine dernière.

«Le candidat du 26 avril nous rend particulièrement curieux, mais le signal est malheureusement faible, tempère Patrick Brady, porte-parole de la collaboration Ligo. C’est comme écouter quelqu’un qui chuchote dans un café bondé. Il est difficile de comprendre ses paroles, ou même d’être certain qu’il a vraiment chuchoté quelque chose.» Il faudra patienter avant d’avoir confirmation pour cette onde gravitationnelle d’un nouveau genre.

Ligo et Virgo vont rester allumés et opérationnels durant onze mois encore, avant la prochaine pause. «Après des décennies de travail, on voit enfin le vrai potentiel de l’astronomie gravitationnelle, estime Christopher Berry, membre de la collaboration Ligo. Nos observations révèlent que l’univers est un endroit très animé, avec de fréquentes fusions de systèmes binaires de trous noirs ou d’étoiles à neutrons. Chaque nouvelle fusion nous aide à comprendre ce qui se passe autour de nous et comment se forment ces astres.»


Camille Gévaudan

Non, lhôpital de la Pitié-Salpêtrière na pas été attaqué par des black blocs, ni dégradé

http://www.liberation.fr/checknews/2019/05/02/non-l-hopital-de-la-pitie-salpetriere-n-a-pas-ete-attaque-par-des-black-blocs-ni-degrade_1724493

Question posée par Grunnet le 02/05/2019

Vous avez été nombreux à nous interroger sur les événements de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris, mercredi, alors que des manifestants se sont introduits dans l’enceinte de l’établissement. La scène a d’abord été présentée comme une «intrusion» ou une «attaque», notamment par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner.

Une version démentie par les témoignages et les vidéos que «CheckNews» s’est procurés : des manifestants, cherchant à échapper aux gaz lacrymogènes, ont pénétré dans l’enceinte du complexe hospitalier. Quelques minutes après, fuyant les policiers, ils ont monté un escalier extérieur menant vers la sortie de secours du service de réanimation, où le personnel a fermé la porte.

A 16h20, des manifestants forcent la grille d’une entrée de l’hôpital

Pourquoi des manifestants sont-ils entrés dans l’hôpital ? Selon plusieurs témoignages recensés par «CheckNews», les manifestants ont été bloqués en remontant le boulevard de l’Hôpital en direction de la place d’Italie, où se terminait le cortège du 1er-Mai. Plusieurs personnes présentes font état de charges policières, créant la panique au milieu des manifestants. «Le camion à eau était derrière nous, des lacrymos ont commencé à être lancées. Pour échapper aux gaz, des personnes ont demandé aux vigiles de les laisser rentrer», raconte à «CheckNews» Nathalia, entrée avec les manifestants dans l’enceinte de l’hôpital.

Sur cette vidéo, publiée à 16h21 sur Twitter et filmée devant l’entrée de la faculté de médecine site Pitié- Sâlpetrière, on peut apercevoir la grille du 97, boulevard de l’Hôpital être secouée par des manifestants au fond.

«Des mecs ont commencé à pousser la grille pour que la chaîne cède, un est passé au-dessus et les a aidés. Ça s’est ouvert, on est rentrés pour se mettre à l’abri.» C’est ce que raconte aussi un journaliste du Figaro sur Twitter, dans un thread revenant sur le déroulé des faits :

Selon les SMS que Nathalia a envoyés à ce moment-là pour prévenir une amie qu’elle était à l’abri, il était 16h18. Cette chronologie est corroborée par plusieurs vidéos.

«On ne savait pas où on était, on n’a pas fait attention, il paraît que c’était à côté du Crous», précise-t-elle. Une photo postée ce jeudi par un journaliste du Huff Post corrobore cette version, puisqu’il est uniquement fait mention d’une entrée vers le Crous.

Un autre témoin, ressorti avant l’intervention des forces de l’ordre, précise : «On était pris en sandwich. Pas mal de gens se sont engouffrés, ils se sont assis et ont soufflé.»

L’ambiance était alors plutôt calme. Nathalia est restée dans la cour et raconte : «Du haut d’un étage, un infirmier nous a lancé une boîte de sérum phy.» «Des gens sans gilets partis pour essayer de sortir de l’autre côté de l’hôpital vers le métro Nationale. Mais je n’ai vu personne forcer quoi que ce soit.»

Des manifestants tentent d’entrer dans le service de réanimation

Quelques minutes après, un peu autour de 16h35, les forces de l’ordre interviennent. C’est ce mouvement qui va pousser les manifestants à chercher refuge dans un escalier extérieur menant au service de réanimation.

Contrairement à ce qui a été sous-entendu dans un premier temps, en parlant d’«attaque», on y voit clairement que les manifestants essaient alors de fuir.

Pourquoi dans cette direction ? L’anesthésiste Mathieu Raux, qui finissait sa permanence quand la manif arrive devant l’hôpital, explique à «CheckNews» qu’un membre du personnel se trouvait déjà sur cette passerelle, en train de fumer : «Les manifestants se sont dirigés en courant vers une porte entrouverte, à l’arrière du bâtiment. Cette personne a vu des gens arriver, elle ferme la porte. Elle ne connaît pas leurs intentions. Ils venaient peut-être pour se protéger. Ils étaient 20 sur une plateforme en métal. Je ne préjuge de rien, on ne connaît pas leurs intentions.»

Une vidéo recensée par le journaliste David Dufresne permet de voir les manifestants monter les escaliers de la passerelle après l’intervention des policiers. On voit très clairement les forces de l’ordre prendre en tenaille les manifestants.

Mieux, une vidéo prise de l’intérieur du service de réanimation montre les manifestants tenter d’y pénétrer. On y voit seulement l’un d’eux essayer de forcer la porte, au début de la scène, dissuadé par le personnel hospitalier. Puis un homme plus âgé, vers la fin, qui sera lui aussi repoussé par le personnel soignant, mais aussi par deux autres manifestants. La scène dure deux minutes et infirme totalement la thèse de l’attaque. On entend d’ailleurs distinctement un membre du personnel dire : «Ils ont pris peur, ils ont juste pris peur», alors qu’un autre lui répond : «Oui, ils [les policiers] les ont pris en tenaille.» On entend aussi : «Ils ne savaient pas [que c’était le service de réanimation] ils ont juste cherché une issue possible.»

Ces images montrent par ailleurs des manifestants non masqués, de tous âges, infirmant, là encore, la version qui avait largement circulé hier, selon laquelle il s’agissait de black blocs.

Du matériel a-t-il été dégradé ?

On a pu comprendre qu’au cours de l’«attaque», des destructions avaient eu cours dans l’hôpital. Ainsi, interrogé par BFM le matin du 2 mai, le professeur Mathieu Raux s’alarme : «On a eu à déplorer deux heures [après l’entrée des manifestants dans la cour], la perte de l’ensemble du matériel, vandalisé, du service informatique du service de chirurgie digestive.» Contacté par «CheckNews», Mathieu Raux évoque la «vandalisation» d’une salle où les chirurgiens du service chirurgie abdominale ont l’habitude de se réunir. Ce service occupe tout le deuxième étage du bâtiment Cordier. La salle où se retrouvent les équipes – et qui aurait été vandalisée – est au nord, à l’opposé de l’entrée du service de réanimation par laquelle des manifestants ont essayé de rentrer.

«Je n’ai pas la preuve que des services ont été vandalisés», tempérait pour sa part, dès le soir du 1er Mai, la ministre de la santé Agnès Buzyn.

Fabrice Ménégaux, chirurgien du service, nuance auprès de «CheckNews» les propos alarmistes de son confrère : «Jusqu’en début d’après-midi, une thésarde occupait la salle en question. A 18 heures, un chirurgien est venu dans la salle.» Il constate qu’un vidéoprojecteur a été arraché du faux plafond. Le vol est donc intervenu entre le début d’après-midi et le soir – et rien ne permet pour l’heure d’affirmer qu’il s’est déroulé au moment où les manifestants étaient présents dans la cour. Ainsi, le docteur Ménégaux répète : «Ne pas faire de lien entre la présence des manifestants et la disparition du vidéoprojecteur.» Il ajoute que durant la durée où des manifestants se trouvaient dans la cour (de 16h18 à 16h45), «la présence de personnes étrangères au service n’a pas été constatée» au deuxième étage du bâtiment Cordier. «A ce stade, aucun lien ne peut être fait entre l’intrusion des manifestants et ce vol», confirme par ailleurs un mail interne envoyé aux personnels de l’AP-HP.

Par ailleurs, quand un journaliste de LCI rapporte qu’à la veille de la manifestation, «deux étages du bâtiment de cardiologie de la Pitié ont été entièrement dégradés avec plusieurs dizaines de tags anarchistes, injurieux, racistes et en soutien aux gilets jaunes», des personnes ont pu y voir un lien avec la manif.

Plusieurs sources internes à l’AP-HP précisent que des «incivilités» ont bien eu lieu, dans la nuit du 30 avril au 1er mai. «Mais elles n’ont rien à voir avec la manif», soufflent de concert nos interlocuteurs. Selon Mathieu Raux, il s’agirait d’un SDF en état d’ébriété. Le service en question, où des tags ont bien été constatés, se trouve par ailleurs loin du bâtiment Cordier, près du métro Chevaleret, sur le boulevard Vincent-Auriol.

32 interpellations et gardes à vue

Selon la préfecture de police de Paris, le 1er mai «à 16h45, 32 interpellations ont été réalisées pour intrusion et dégration à l’intérieur de l’hôpital». Ces 32 personnes étaient encore en garde à vue ce matin, selon le parquet, pour «participation à un groupement en vue de commettre des dégradations ou des violences».


Jacques Pezet


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Pauline Moullot


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Fabien Leboucq