Gilets jaunes : «Castaner menteur» et soutien aux hôpitaux au menu du défilé parisien

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Devant les murs de l’hôpital Lariboisière (Xe), non loin de la station de métro Barbès, alors qu’une pluie froide s’abat sur les rues de Paris, les manifestants commencent à arriver dès la fin de matinée. Trois cortèges déclarés en préfecture sont prévus pour ce 25e samedi de mobilisation du mouvement. Le défilé en soutien aux hôpitaux a prévu de passer à proximité de plusieurs centres hospitaliers de l’est de la capitale. L’objectif : montrer son soutien aux personnels soignants des hôpitaux.

Aux abords du boulevard de Magenta, des dizaines de gilets jaunes se pressent au bistro le Magenta tandis que d’autres discutent avec les forces de l’ordre, présentes en nombre aujourd’hui. C’est le cas de Laurence et Sophie, deux amies et habituées des samedis de marche. «Elle nous a déjà repéré un petit jeune», ironise Laurence au sujet de son amie en plein débat avec un gendarme. Sous son bob en vinyle, l’ancienne assistante de direction raconte sa manifestation du 1er Mai. Sa journée passée à éviter les gaz lacrymogènes. «Il y a des ordres qui sont complètement idiots. On nous empêchait de passer alors que c’était pourtant le parcours. Les CRS tapaient sur leur bouclier, ils voulaient casser du jaune», retrace Sophie avant de se faire emmener par sa bande de copains pour boire un jus.

Des gilets jaunes fraternisent avec des personnels hospitaliers devant l'hôpital Tenon samedi à Paris,

Photo Marc Chaumeil

Devant le café en question, Eric Drouet revient lui aussi devant les micros sur la dernière fête des travailleurs. «Les gens se sont rendu compte de ce qu’on vit chaque semaine. Je n’applaudis pas les black blocks. On essaie de faire peur aux gens avec eux mais nous on a surtout peur des forces de l’ordre. On montre un policier blessé, alors qu’à côté on en voit un qui jette un pavé.» Alors que la marche débute aux alentours de 13 heures, les gendarmes s’élancent au rythme des manifestants pour encadrer la mobilisation. Ils reçoivent des marques de soutien, des applaudissements. «Les gendarmes, avec nous !» De brefs sourires se dessinent sur les visages des jeunes hommes, bouclier en main et képi sur la tête, qui marchent aux côtés des gilets jaunes. Les «Castaner menteur» sont nombreux et retentissent dès les premières minutes. Le ministre de l’Intérieur est plus que jamais la cible des slogans, banderoles et pancartes, en réponse à sa déclaration au sujet de l’«attaque» de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière par des manifestants lors du 1er Mai.

«Aussi têtus que Macron»

Avec son stetson vissé sur la tête et sa belle moustache morse, Jean est un «irréductible de la première heure». Retraité, l’homme est un ancien salarié de la compagnie aérienne française AOM, disparue en 2003. «Je suis dans la rue depuis le 17 novembre. Je n’avais jamais manifesté de ma vie avant. Et je serai là jusqu’à ce que Macron cède. Car on est aussi têtu que lui». Avec son badge de la CGT épinglé sur son blouson en cuir, Chaïbi ne peut que soutenir le discours de son camarade du jour. Ancien maçon chez Bouygues, le retraité termine difficilement ses fins de mois. «Je touche 1 200 euros de retraite. Avec le loyer à 877 euros, l’assurance, la mutuelle, continuons comme ça ! C’est marche ou crève. J’avais déjà manifesté sous Sarkozy. Mais là, c’est pire. Macron nous a cassé le Code du travail.»

En passant dans le quartier de Ménilmontant, la clameur de la rue se fait entendre. Compacte, la foule est moins nombreuse que lors du précédent acte, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur qui a dénombré un peu moins de 19 000 manifestants en France, dont 1 500 à Paris, ce qui s’agirtait de la plus faible mobilisation depuis le début du mouvement.

Lors de la manifestation des gilets jaunes samedi à Paris.

Photo Marc Chaumeil

Au sein du cortège, une dizaine de personnes dont le comédien Olivier Rabourdin et le producteur Christian Pfohl déploient une banderole : «Nous ne sommes pas dupes, les métiers de la culture sont avec les gilets jaunes». Les deux ont signé la tribune parue ce samedi dans Libération en soutien du mouvement. Ils reçoivent applaudissements et encouragements.

L’ambiance du cortège est bon enfant. Les manifestants n’hésitent pas à échanger à de nombreuses reprises avec les gendarmes qui encadrent le parcours. Certains leur demandent même de les protéger de la Bac et de la police. Aux angles des rues bouclées par les forces de l’ordre, de nombreux pompiers sont également présents, à chaque fois applaudis et remerciés par les gilets jaunes. Après être passée devant les hôpitaux Saint-Louis, Tenon et Saint-Antoine, marqués par des mouvements de grève, la marche arrive finalement à la place de la Nation, lieu de dispersion de la manifestation. Au niveau de l’avenue Dorian, un religieux distribue des tracts. «Jésus va vous sauver !», hurle-t-il à la cantonade. Une femme, gilet jaune sur le dos, lui répond aussi sec : «Je ne crois pas non ! S’il existait, on ne serait pas autant dans la merde.»


Charles Delouche photos Marc Chaumeil

Les bienfaits du potager au bureau

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Retrouvez tous les samedis dans la chronique «Terre d’actions» des initiatives pratiques et écolos en France et dans le monde.

Alors que le festival des 48 heures de l’agriculture urbaine investit les rues de quinze villes françaises, les 4 et 5 mai, pourquoi ne pas planter ses propres graines dans les lieux où l’on passe la majorité de la journée (éveillé) : au bureau ? Une initiative aux multiples bienfaits. D’après une étude publiée par l’université d’Exeter en 2014 et réalisée à partir des témoignages de 350 participants, disposer de plantes dans son espace de travail permettrait de faire croître le bien-être de 47 %, de stimuler la créativité des employés de 45 % et la productivité de 38 %.

Que demander de plus ? Que cela serve à faire des pauses plus bénéfiques que la clope grillée sur un bord de trottoir peut-être ? C’est dans ce but que la jeune pousse Ciel mon radis a transformé ce qui était d’abord une lubie entre collègues, en véritable entreprise. Elle propose aux boîtes des potagers d’intérieur, d’extérieur fonctionnant grâce à des techniques de permaculture, ainsi que des activités comme la fabrication de bombes à graines ou la réalisation de boutures entre collègues.

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Certains ont déjà sauté le pas. A l’Opéra Bastille, à Paris, 2 500 mètres carrés de planches potagères, dont les fruits et légumes vont alimenter les paniers bio du personnel, ont été inaugurés en septembre. Sur les toits de la Poste du quartier de la Chapelle, dans le XVIIIarrondissement parisien, les employés ont aménagé 700 mètres carrés depuis 2017, grâce à l’opération Parisculteurs de la mairie. Le géant L’Oréal a fait de même sur le terrain de ses locaux à Chevilly-Larue, dans le Val-de-Marne. Et à plus petite échelle, ce sont les 140 salariés de la société Apologic de Taden, dans les Côtes-d’Armor, qui grattent la terre pendant leurs pauses, depuis 2016 – loin de leurs activités habituelles, les logiciels de gestion dédiés aux services à la personne.

Les expériences sont nombreuses et peuvent prendre des formes très différentes, du petit bac posé à la cafétéria à la terrasse réaménagée en serre. Si ce sont les compétences qui manquent, l’association Fermes d’avenir propose une multitude de courtes formations au travail de la terre, ainsi qu’une très riche Boîte à outils. Certaines mairies, comme Paris, offrent aussi des bourses aux projets d’agriculture urbaine les plus ambitieux. De quoi motiver sa direction à faire le premier pas.


Aude Massiot