Un chauffeur de bus de la RATP a t-il refusé de faire monter une jeune femme à cause de sa jupe ?

http://www.liberation.fr/checknews/2019/05/06/un-chauffeur-de-bus-de-la-ratp-a-t-il-refuse-de-faire-monter-une-jeune-femme-a-cause-de-sa-jupe_1725266

Question posée par le 06/05/2019

Bonjour,

Vous faites référence au refus présumé d’un chauffeur de bus de la RATP de prendre en charge deux jeunes filles, le 30 avril au soir, dans le nord-est parisien, pour des raisons liées à la tenue vestimentaire de l’une d’elles.

Cette histoire a été rapportée par le père d’une des deux jeunes filles, Kamel Bencheikh, via le message ci-dessous, posté le lendemain sur son compte Facebook. Il y explique ainsi qu’à 23h05, à l’arrêt Botzaris, «le bus s’arrête et elles se présentent à la portière. Le machiniste regarde ma fille et refuse d’ouvrir la portière. Elle tambourine encore mais rien ne se passe. Le bus démarre et s’arrête 20 mètres plus loin, au feu rouge. Ma fille court et se présente de l’autre côté du bus pour parler au conducteur. A la question de savoir pourquoi il n’ouvre pas la porte, le conducteur répond: t’as qu’a bien t’habiller! Ma fille était en jupe et ça a touché profondément les sentiments religieux de cet islamiste». Le message, qui débute par «je revendique mon islamophobie», aurait été supprimé depuis par le réseau social, selon le Huffingtonpost.

Sollicitée par CheckNews, la RATP explique avoir lancé «une procédure de vérification en interne après avoir vu ce signalement sur Facebook». Identifié, puis auditionné par sa hiérarchie samedi soir (après quatre jours de congés), le machiniste, à la RATP depuis quatre ans et sans antécédent disciplinaire, aurait alors reconnu une «faute de service, en ayant refusé d’ouvrir les portes à deux jeunes filles, à une heure tardive, à la station Botzaris». L’homme aurait cependant nié «les faits tels qu’ils ont été présentés dans la presse». Autrement dit que le refus de faire monter les jeunes filles serait lié à des questions vestimentaires.

Le conducteur est depuis «relevé de conduite» jusqu’à la fin de l’enquête, c’est-à-dire affecté au dépôt, et fait l’objet d’une procédure disciplinaire «qui pourra aller jusqu’à la révocation», précise la RATP.

Après avoir lancé un appel à témoins sur Twitter, la régie n’a cependant recueilli aucun nouvel élément. Aucune plainte judiciaire, par ailleurs, n’a été déposée, selon la RATP, qui n’a pas réussi non plus à obtenir le témoignage direct de la jeune fille. «Nous avons cherché à rentrer en contact direct à plusieurs reprises avec M. Bencheikh via les réseaux sociaux, cette personne ne s’étant à ce jour pas manifestée autrement que par les réseaux sociaux. Pour la poursuite de la procédure, il est essentiel que sa fille nous livre directement son témoignage en dressant un signalement complet auprès de nos services», explique la régie. Quant aux vidéos, elles n’ont pu être exploitées en raison des délais dépassés.

Responsable CGT de la RATP-bus, Olivier Davoise, lui, livre une tout autre histoire à CheckNews: «Le chauffeur arrive à l’arrêt [qui dessert une autre ligne, ndlr] où se trouvent les deux jeunes filles. Celles-ci sont en train de fumer et ne prêtent aucune attention au chauffeur. Elles continuent de cloper et ne le calculent pas. Du coup, agacé, il repart. Ensuite, 30 mètres plus loin, au feu rouge, elles se réveillent et demandent à monter. C’est là qu’il refuse de les faire monter. Ce n’est pas un larbin, il a fait son travail, ni plus ni moins». Et d’ajouter que «dès qu’il a eu vent de l’histoire, il est tombé de haut». 

La CGT annonce également à CheckNews qu’elle va déposer une «alarme sociale» (dispositif d’alerte auprès de la direction pour engager des négociations) en raison de l’appel à témoins sur Twitter lancé par la RATP. Un dispositif «qui a déclenché une avalanche de propos haineux et islamophobes, faisant courir des risques psychosociaux et d’agressions physiques sur les agents».

Cet article sera actualisé en fonction des suites de l’enquête interne et des témoignages.


Service Checknews

Ikea débarque à Paris, avec boulettes et mobilier

http://www.liberation.fr/france/2019/05/06/ikea-debarque-a-paris-avec-boulettes-et-mobilier_1725250

Et c’est parti pour les boulettes suédoises, les couettes à motifs géométriques, la ribambelle de petits pots qui forcément serviront à un truc, un jour, et ces chères Billy, mythiques bibliothèques dans lesquelles on a tous un jour rangé un bout de nos vies. Ikea, la grande enseigne venue du froid qui s’affiche dans les périphéries en jaune et bleu depuis des lustres (trente-huit ans qu’elle est implantée en France), tente le coup de l’intra muros. En plein Paris.

Lundi matin, au 23, boulevard de la Madeleine (Ier arrondissement), le groupe a ouvert son premier magasin de centre-ville au monde. Soit deux étages empilés sur 5 400 mètres carrés quand d’ordinaire le mastodonte (numéro 1 mondial de l’ameublement) tape dans les 20 000 mètres carrés. Soit aussi une nouvelle façon d’appâter le client, en transformant une bonne partie de l’espace en showroom. Explication: si la Madeleine propose un choix de quelque 4 100 articles visibles (oui, oui, on peut tester des lits, s’avachir dans des canapés, jouer avec des chaises à roulettes), seuls 1 500 produits sont disponibles immédiatement : on signale ici un copieux rayon de produits comestibles et une foultitude de plantes, vraies ou en plastique.

«Paris, c’était un rêve…»

Les articles qui ne sont pas en stock, sont à commander et faire livrer depuis le nouvel entrepôt que l’enseigne a fait bâtir à Gennevilliers (Hauts-de-Seine). Compter deux trois jours pour la réception, soit le temps de comprendre la future de notice de montage du meuble convoité, comme l’a souligné, taquin, le maire LR du Ier arrondissement Jean-François Legaret, manifestement ravi d’avoir un Ikea dans son secteur. Sans compter les quelque 140 «collaborateurs» (non, on ne dit plus salariés) appelés à œuvrer dans la boutique, fournir du conseil, animer des ateliers (il y a broderie cette semaine), préparer des salades pour le coin restauration rapide (150 places) etc.

Forcément, cette inauguration a fait l’objet de moult congratulations. Et d’un épastrouillant défilé d’éléments de langage… Jesper Brodin, PDG du groupe Ingka, société mère d’Ikea : «Paris, c’était un rêve…» Et d’ajouter que la France est le troisième plus gros marché d’Ikea. Walter Kadnar, PDG d’Ikea France : «Magique !» Et de préciser qu’il s’agit là du 34e magasin du géant suédois en France. Et de s’exalter : «Sur les trois ans à venir, nous allons investir en France, 400 millions d’euros. Ouvrir d’autres magasins de centres-villes. Et procéder à des rénovations et de la formation.» Et d’évoquer le Ikea de demain «plus digital» (alors que le géant vend actuellement essentiellement sur zone) mais toujours avec un contact physique. Et d’expliquer que d’ici juin, l’enseigne compte aussi développer ses livraisons en points relais…

La directrice du magasin, Annie Bréteau, sert aussi du rêve. Elle raconte un lieu conçu avec l’aide de contributions de (1 200) Parisiens munis de la fameuse carte Family Ikea, un magasin imaginé comme un prolongement des petits appartements de la capitale avec un espace «L’art de rêver» – comprendre dormir –, «L’art de vivre ensemble» – on passe au salon ? –, «L’art de ranger», «L’art de cuisiner»… Et puis, il y a un bonus. Un effort de «mobilité douce» : possibilité de se faire livrer à vélo si on ne veut pas porter ce que l’on a acquis. Sérieusement, l’ensemble est bien fichu. Mais reste un… magasin. Et une stratégie.

Shopping bags of the Swedish furniture giant IKEA are seen before the opening of the company's first store in the heart of Paris, France, May 6, 2019. REUTERS/Charles PlatiauPhoto Charles Platiau. Reuters

Confiture d’airelles

En 2018, Ikea a annoncé vouloir supprimer 7 500 postes dans le monde d’ici 2020, principalement dans le secteur administratif, pour se concentrer sur le commerce en ligne et se développer dans les centres-villes. En France, où une première vague de licenciements de 50 personnes a été annoncée en mars, Paris-Madeleine est le symbole du tournant amorcé. Le centre de Vénissieux, près de Lyon, et Nice devraient bientôt avoir aussi leur Ikea. Le suédois n’est de fait pas le seul à tenter l’intra muros. De plus en plus d’enseignes jusque-là fans de grands espaces en périphérie aujourd’hui saturés tentent un rapprochement avec les cœurs de ville où le taux moyen de vacance des locaux croît : de 7,2% en 2012 à 11,9% en 2018, selon une étude de la Fédération du commerce spécialisée (Procos) de février dernier.

Le filon est déjà exploité avec succès par la grande distribution alimentaire, à travers ses magasins de proximité. La logique actuelle veut que l’on «se rapproche du consommateur» avec des formats plus petits, explique à l’AFP Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos. En outre, en «condensant leur gamme», les enseignes rendent leurs produits «plus accessibles à des populations différentes» en misant sur le «qualitatif», ajoute Matthias Berahya-Lazarus, président du groupe Bonial, spécialisé dans le marketing numérique. Le panier du client ne fond donc pas forcément comme de la confiture d’airelles au soleil. Partant de ce principe, Mr Bricolage a ouvert en mars 2018 à Orléans un magasin au format «city» (800 m2) proposant une offre de produits adaptée, avec l’intention de l’étendre dans l’ensemble du réseau d’ici 2028.


Catherine Mallaval