Jeudi jeu, Uno ou nos illusions perdues

http://www.liberation.fr/chroniques/2019/05/09/jeudi-jeu-uno-ou-nos-illusions-perdues_1725839

Comment parler de jeu chaque semaine et ne pas s’émouvoir de ce qu’il se passe depuis cinq jours sur les réseaux sociaux à propos du Uno, jeu de société aux courtes parties (5 minutes) et à la règle simplissime : poser une carte de même couleur ou du même chiffre que la précédente jusqu’à ne plus en avoir dans la main et gagner.

En vrai, c’est un peu plus compliqué car outre les chiffres, il y a des cartes passer son tour, changement de sens, des jokers pour changer la couleur de la dernière carte posée, et des +2 (cartes) et +4 qui font piocher les adversaires.

Les +2 et les +4 de la discorde : les joueurs s’amusent à les cumuler pour éviter de piocher, si bien que le joueur 4 prend 12 cartes dans les dents si les 3 précédents ont joué un +4. Cette scène tragique est bien connue des unophiles mais elle n’a pas lieu d’être : le compte Twitter qui gazouille au nom du Uno assure que cumuler des cartes +2 et/ou +4 est interdit. Il remet ainsi en cause le résultat de millions de parties et des milliers d’internautes s’en émeuvent : plus de 4 000 réponses au tweet ci-dessous, plus de 50 000 partages.

 

Ce rappel à la loi – déjà évoqué sur le site de Libé mais qui mérite bien qu’on s’y attarde un peu plus – bouleverse tout un ludosystème qui s’est fondé sur cette règle sans laquelle Uno perd une grande partie de son intérêt. Et montre aussi que les joueurs se réapproprient le jeu pour l’améliorer, n’en déplaise au législateur qui doit finir par s’y conformer. Le football a ainsi commencé sans arbitre, sans cartons, et au rugby à XV, l’essai a valu 0 point, puis 1 en 1887 jusqu’à 5 depuis 1992. Donc merci à la personne qui gère le compte Twitter du Uno de laisser les gens tranquillement changer les règles, et de faire en sorte de modifier la loi si les nouveautés à l’usage sont pertinentes.

Le Uno est né en 1971. Uno ? Italien, espagnol ? Non, américain. Un certain Mr. Robbins, prénom Merle, coiffeur dans une petite ville de l’Ohio, teste sa création en famille avec son épouse Marie, son fils Ray et sa bru Kathy. Ils investissent 8 000 dollars pour commercialiser le jeu, alors vendu dans le salon de coiffure, en retirent 50 000 l’année suivante lors de la revente des droits (et 10 cents en sus par jeu vendu) à un groupe d’amis de l’Illinois qui fait grandir la structure avant le rachat par Mattel en 1992. 1992, l’année de l’essai à 5 points. Comme par hasard.

Qui sait aujourd’hui, si Merle Robbins, qui a eu les honneurs du New York Times à sa mort en 1984, n’aurait pas envie de voir les joueurs se défouler à coups de +2 et +4 ? Ne serait-ce que pour railler celui qui doit piocher 12 cartes ? C’est même cette théorie qui tient la corde, tant Merle, paraît-il, est moqueur. Enfin il est surtout décédé, et cet esprit joueur et créateur ne peut tristement pas jouer à RaJeux. Pas de Uno dans l’application haut de game de Libé, désolé. Pas de jeu de cartes, mais jeu Descartes à vous proposer. René se cache au fond d’une grille spéciale philosophie que voici.

Grille parue dans Libé le 20 octobre 2015

Et comme je suis bien luné, je vous offre les définitions horizontales.

I. Une philosophie des Lumières
II. Il est conçu par l’esprit ; Ville thermale
III. Vieille provocation, aujourd’hui coincée dans un adverbe ; Elle se termine ce week-end à Paris (grille du 20/10/2015 je vous le rappelle)
IV. Créateur
V. Iodure de potassium ; Beaux parleurs
VI. Elargissaient
VII. Ville des Alpes ; Titre honorifique
VIII. Donner la vie ; Le premier des cours d’eau
IX. Réflexe de joie ou de surprise ; La grande ville ouïghoure du Xinjiang
X. Un philosophe des Lumières
XI. Il est car il pense



Les définitions verticales sont dans RaJeux, appli gratuite une semaine à l’essai, merci de le transformer en cliquant sur les images-liens ci-dessous !

Un essai transformé, au rugby à XV, ça vaut 7 points. 7, c’est le nombre de cartes en main au début d’une partie de Uno. Comme par hasard.


Gaëtan Goron

Le climat, priorité européenne des Français

http://www.liberation.fr/france/2019/05/08/le-climat-priorite-europeenne-des-francais_1725777

Moins d’Europe ou une autre Europe ? Cette dualité prend une acuité particulière à l’occasion du scrutin de la fin du mois. Certes, l’idée européenne a perdu de sa flamboyance dans l’opinion, au fil de la montée des inégalités et d’un élargissement de l’Union sans projet politique partagé. Certes, la règle de l’unanimité semble, année après année, démontrer ses limites. Mais comme le souligne le dernier baromètre Viavoice pour Libération, derrière l’image un peu simpliste d’un rapport à l’Europe qui serait «à l’agonie», se manifeste une envie de «renouveaux européens».

Réponses concrètes. Si «à rebours de nombre d’a priori, l’idée européenne résiste à la tentation des extrêmes, [cela] tient pour une large part à deux aspirations majeures, en faveur d’une idée européenne refondée», souligne François Miquet-Marty, président de Viavoice. Avec une Europe davantage «au chevet de nos sociétés», au-delà de ses missions économiques et financières actuelles. Désormais au cœur de la campagne macronienne après avoir surtout nourri les programmes des listes de gauche, l’enjeu écologique arrive au sommet des attentes de ce «plus d’Europe». Selon Viavoice, 67 % des Français sondés estiment que «la lutte contre le dérèglement climatique» est le premier domaine dans lequel l’UE devrait «prioritairement agir», quand 24 % pensent que le bon échelon est l’Etat-nation. La demande d’Europe est aussi forte en matière de «lutte contre le terrorisme» (64 %) ou sur «la politique concernant les migrations» (51 %). «Sur la défense de l’intérêt de nos sociétés, l’Europe apparaît plus légitime», souligne François Miquet-Marty. Mais pour ce qui est de «la lutte contre les inégalités sociales» et du pouvoir d’achat, c’est de l’Etat-nation que les citoyens attendent d’abord, et de loin, des réponses concrètes.

Infographie : sondage Viavoice Europe - Union européenne ou Etats-nations

«Concert». Autre aspiration majeure, la capacité de l’Europe à être une «force» protectrice face aux «empires», notamment économiques, que sont les Etats-Unis et la Chine : 45 % des Français estiment que c’est même la principale justification de l’existence de l’UE dans l’avenir. «La rhétorique européenne traditionnelle s’inverse : l’Europe ne se justifie plus essentiellement par le passé et la mémoire des conflits dont il faudrait conjurer le retour, mais par l’avenir et la nécessité d’exister encore dans le concert mondial», note le patron de Viavoice.

Plus étonnamment, «loin de décliner, l’attachement à l’idée européenne progresse par rapport à 2014, lors des précédentes élections», pointe Miquet-Marty. Pour 49 % des Français, l’Union, si décriée pour ce qu’elle est autant que pour ce qu’elle n’est pas, évoque actuellement quelque chose de positif, soit 4 points de plus qu’en 2014. Le total des avis négatifs (37 %) à l’égard de l’UE a, lui, baissé de 12 points. Sans surprise, les sympathisants de la majorité sont, et de loin, les plus enthousiastes (84 %) devant ceux de gauche et de droite (58 %), les «proches d’aucun parti» (37 %) et ceux du RN (22 %).

Dans le rapport à l’Europe, la dimension socio-économique reste un déterminant majeur : s’il est positif pour 66 % des cadres et 62 % des retraités, cette proportion n’est que de 35 % chez les ouvriers. Les premiers votent d’abord Macron, les seconds optent surtout pour LREM ou LR, tandis que les troisièmes glissent plutôt des bulletins eurosceptiques ou europhobes. Quand ils ne viennent pas grossir les rangs d’une abstention qui s’annonce une nouvelle fois record.

Infographie : sondage Viavoice Europe - perception de l'Union européenne


Jonathan Bouchet-Petersen