A Lyon, Glucksmann fait salle comble dans le «temple autoproclamé de la macronie»

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La parenthèse enchantée ouverte à Rouen ne s’est pas refermée à Lyon. Jeudi soir, au lendemain d’un meeting au côté de Christiane Taubira, un autre poids lourd socialiste, Bernard Cazeneuve, est venu prêter main-forte à Raphaël Glucksmann, tête de liste PS-Place publique, pour rendre tangible le revival de la gauche «de gouvernement». Et lui permettre, peut-être, de conserver quelques eurodéputés à Strasbourg.

Dans la capitale des Gaules, moquée pour son image de «temple autoproclamé de la macronie», les militants ont pourtant répondu présents : «Nous n’avons plus de chaises, se rengorge le chauffeur de salle. Vous êtes plus d’un millier !» Soit trois fois plus qu’au meeting de LREM tenu la semaine précédente avec Muriel Pénicaud et Oliver Dussopt, auquel Gérard Collomb n’a pas daigné assister malgré, la veille, un coup de fil pressant d’Emmanuel Macron.

L'arrivée du trio de la soirée.

L’arrivée du trio de la soirée. (Photo Bruno Amsellem pour Libération)

En retard, Raphaël Glucksmann et Bernard Cazeneuve entrent enfin dans la salle. Acclamations. Un militant, au sujet du premier : «L’avantage, c’est qu’il est grand, on le voit.» Les élus locaux se succèdent à la tribune. Le mot d’ordre est martelé : le «sursaut de la nouvelle gauche unie» serait la seule issue «progressiste» à un débat accaparé par le parti présidentiel et celui de Marine Le Pen.

«Il faut sortir de l’alternative mortifère entre les nationalistes et les libéraux», dit Jean-François Debat, président du groupe PS à la région Auvergne-Rhône-Alpes et maire de Bourg-en-Bresse. Son adjoint, Guillaume Lacroix, président du Parti radical de gauche, dégaine sa punchline : «Il n’y a pas de rempart entre LREM et le RN, il y a un rencard.» Olivier Faure, premier secrétaire du PS, en remet une couche : «Ce n’est pas un duel, c’est un duo entre l’extrême droite et les libéraux.»

«Union de combat, d’ambition»

Sylvie Guillaume, eurodéputée socialiste depuis 2009, numéro 2 sur la liste PP-PS, vante, elle, une «union de combat, d’ambition», en particulier sur la question de l’égalité hommes-femmes, «non négociable». Son «envie d’Europe» (le nom du mouvement porté avec Glucksmann) est celle de «la fermeté, de l’égalité, de la fraternité et de la dignité». Elle l’emporte à l’applaudimètre avant l’entrée en scène de Bernard Cazeneuve. Costume noir à pochette blanche, l’«homme d’Etat», qui «fait partie de ceux qui ne réclament jamais», dixit Faure, se plaît à se décrire comme un «Normand violemment modéré», au «tempérament d’entomologiste».

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Bernard Cazeneuve,leveur de foule.

Bernard Cazeneuve, leveur de foule. (Photo Bruno Amsellem pour Libération)

«Quand on parle d’Europe, j’ai à l’esprit Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand», lance-t-il, avant de tresser des lauriers aux années Hollande. «Nous ne reconstruirons pas la gauche si nous ne sommes pas capables de bienveillance les uns vis-à-vis des autres», avertit le fidèle lieutenant, en rodage pour un rôle de premier plan à l’horizon 2022. Hors de question ce soir d’évoquer la question rwandaise, sur laquelle les positions de Raphaël Glucksmann ont hérissé un aréopage d’anciens ministres mitterrandiens, Cazeneuve compris. Pas la peine, non plus, de commenter le soutien que Ségolène Royal s’apprêterait à apporter à Nathalie Loiseau, tête de liste LREM.

«L’idée du pouvoir public, de la République, de la chose commune, c’est ce dont nous avons plus besoin que jamais aujourd’hui, merci du fond du cœur, c’est bon d’entendre des paroles de fidélité», répond Raphaël Glucksmann à la tribune. Complet soigné affranchi de sa cravate, l’essayiste parle «d’amour pour cette France qui n’a pas encore été mangée par la start-up nation», sûr que «le peuple de gauche n’a pas disparu, mais qu’il attend qu’on lui parle avec une flamme dans les yeux». «On ne baisse plus la tête, on y va et à la fin, on gagne !» tonne-t-il. Musique de fin, crissement des chaises. Les militants se ruent sur Glucksmann pour des papouilles et des selfies. Les médias foncent, eux, sur Cazeneuve et son costume d’homme d’Etat.


Maïté Darnault correspondante à Lyon, photos Bruno Amsellem