Climat : Luisa Neubauer, lémergence dune «Greta Thunberg allemande»

http://www.liberation.fr/planete/2019/05/16/climat-luisa-neubauer-l-emergence-d-une-greta-thunberg-allemande_1725716

  Jusqu’au 26 mai, le Fil vert, le rendez-vous environnement de Libération, se teinte de bleu à l’occasion des élections européennes.

Le 3 mai, à Essen (Rhénanie du Nord-Westphalie). L’assemblée générale des actionnaires de l’énergéticien allemand RWE est aussi bondée que studieuse. Soudain, une jeune femme monte sur scène et l’atmosphère se tend. Il s’agit de l’activiste écologiste Luisa Neubauer, cheffe de file de Fridays For Future en Allemagne. 

 

Dans un brouhaha mêlé de huées et d’applaudissements, l’étudiante en géographie de 23 ans met en cause le géant de l’énergie. «Aucun groupe dans toute l’Europe n’a plus de responsabilité dans la crise climatique actuelle que RWE», apostrophe-t-elle. Elle insiste pour que l’Allemagne s’engage vers une sortie plus rapide du charbon – fixée à 2038 par le gouvernement. «Si vous ne prévoyez pas sortir du charbon d’ici à 2030, comment pouvez-vous justifier cela ensuite auprès de moi et de ma génération ?» 

A lire aussi Allemagne : «Le lignite est le plus grand pourvoyeur d’emplois ici»

La presse a très vite surnommé Luisa Neubauer «la Greta allemande». Mais à la différence de la lycéenne suédoise, elle militait bien avant que les grèves du vendredi ne commencent. Etudiante en géographie à Göttingen, membre des Grünen, elle était à la COP24 de Katowice en décembre en tant que jeune déléguée pour le climat. C’est là qu’elle a rencontré Greta Thunberg et qu’elle a importé en Allemagne les Fridays for Future. Cela fait plus de vingt semaines désormais. Contexte local oblige, la grève étudiante pour le climat (Klimastreik) concentre ses efforts sur la sortie du charbon, enjeu écologique majeur dans une Allemagne post-sortie du nucléaire.

L’une des rampes de lancement du mouvement fut le 25 janvier, où 5 000 jeunes ont protesté devant le ministère de l’Economie alors qu’industriels, politiques et écologistes se réunissaient afin de convenir d’une date de sortie du charbon. La manifestation mondiale du 15 mars a vu, elle, quelque 300 000 personnes manifester dans 230 villes allemandes.

A lire aussi  En Allemagne, les «Parents for Future» soutiennent leurs enfants qui font grève pour le climat 

De manière générale, Luisa Neubauer est réputée pour son franc-parler. On l’a vu à la faveur d’un entretien croisé donné au Spiegel avec le ministre de l’Economie Peter Altmaier. Alors que ce dernier tente un : «Nous prenons l’Accord de Paris très au sérieux», elle rétorque : «Si l’humanité veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré, nous n’avons qu’un budget d’émission global de 380 gigatonnes de CO2. Si nous continuons comme ça, nous aurons utilisé ce budget en Allemagne dans neuf ans et demi. Malgré tout, M. Altmaier a l’intention de permettre aux centrales au charbon de fonctionner jusqu’en 2038. Cela n’est pas conforme à l’Accord de Paris».

A lire aussi «Ce n’est que le début du début» : Greta Thunberg accueillie comme une pop star à Berlin

En fin d’entretien, au Spiegel qui lui demande : «Notre génération a-t-elle failli en matière de protection du climat, M. Altmaier ?» le ministre lâche : «Failli n’est certainement pas le mot que je choisirais. Mais nous aurions pu faire les choses mieux et plus tôt.»

Fil vert bannière 1


Johanna Luyssen correspondante à Berlin