«Game of Thrones», saison 8, épisode 2 : la veillée sexuelle

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«Les Marcheurs blancs sont arrivés à Winterfell, mais on s’en fout, Arya a couché avec Gendry 

Voilà, le résumé de l’épisode est terminé.

Vous n’avez pas besoin de lire la suite. C’est à peu près tout ce que vous allez retenir et ce qui va animer les conversations aux machines à café de Westeros. Vous vous rendez compte, tout de même ? Une fille qui a tué une bonne vingtaine de personnes et qui a traversé toute seule plusieurs fois un continent et des océans hostiles a fait l’amour pour la première fois ! C’est vraiment incroyable. Jamais on n’aurait pensé que ça pouvait arriver…

On y reviendra.

(Quand tu viens draguer sur son lieu de travail, ton coup de cœur)

Ce deuxième épisode qui se déroule uniquement à Winterfell n’est, bien sûr, pas que cela. Il est avant tout une longue veillée funèbre, où la couleur et le jour n’ont plus le droit de citer. Eddison Tallett, Béric Dondarrion et Tormund arrivent en effet au galop pour prévenir que les Marcheurs blancs sont derrière eux et que la bataille aura lieu probablement demain matin. Tout le monde décide de se préparer, à sa manière, pour leur nuit d’Austerlitz, du nom de ces heures du 1er au 2 décembre 1805 où Napoléon attendit dans la joie à la lumière des feux de paille l’affrontement final. Avec cette question évidente : que fait-on quand la mort approche, irrémédiable ? Est-ce que l’on va se coucher ? Est-ce qu’on baise ? Est-ce qu’on se bourre la gueule ? Est-ce qu’on se goinfre ? Est-ce qu’on regarde un épisode de Friends ou on se lance dans un dernier clash sur Twitter sur le glyphosate ou une kermesse pour enfants sans gluten ? Sans doute un peu tout en même temps, avec une certitude : le sommeil ne viendra pas. Game Of Thrones nous a déjà gratifiés de ces nuits avant les affrontements, mais il n’y avait jamais eu autant de personnages importants au même endroit et l’ennemi n’avait jamais paru aussi implacable.

On retrouve tout d’abord Jaime, en magnifique chien mouillé apitoyant, en train d’être jugé par Daenerys et Sansa. Avec sa frange rabattue, il fait pitié et est touchant en même temps. On hésite entre le donner au véto pour qu’il le pique ou poster des photos de lui sur Instagram. Il est venu pour s’excuser et leur annoncer que Cersei les a trahis. La mère des Dragons lui rappelle qu’il a tué son père, entre autres perfidies, tandis que Sansa en remet une couche.

Heureusement pour le régicide, Brienne intervient. Elle se porte garant de lui, ce qui suffit à convaincre Sansa et en partie Daenerys. La sororité fonctionne à plein. Jon Snow n’a, lui, rien à dire. Quand sa petite copine lui demande ce qu’il en pense, il reste bouche bée : «euh… D’accord.» Il est gentil mais il est bête. Elle avait raison Ygritte (elle nous manque).

Tyrion aussi essaye de sauver son frère, mais il n’est pas écouté et est accusé de s’être trompé encore une fois. D’être, en somme, une mauvaise Main. On a fini par le comprendre et la série nous y prépare avec des gros sabots pour que le choc ne soit pas trop fort : Tyrion va mourir. Si dès l’épisode précédent on voyait qu’il commençait à perdre de son pouvoir, tous les signes de ce nouvel opus convergent. Son rôle de conseiller est maintenu, mais remis en cause. Il n’a pas le droit de se battre et doit aller se réfugier dans la crypte avec les femmes et les enfants, et on devine que cela va être un carnage au sous-sol ou qu’il va jouer au courageux et se jeter dans la gueule du loup.

Il est le seul, autour du feu, à penser qu’ils vont survivre, signe qu’il est peut-être le seul des héros qui va être occis. Et l’épisode s’achève sur lui, regardant au-delà de la muraille l’armée des Marcheurs blancs. Vous pouvez parier sur Betclic. Évidemment, c’est triste, et on chantera longuement, plus tard, quand tout sera terminé, à la gloire du plus célèbre nain de Westeros, celui qui passait le temps avec des prostituées et qui se transforma en passe-muraille des clichés et passe-partout courageux pour défendre ce qu’il pensait être le bien. Mais son arc narratif est terminé, il a réuni Jon Snow et Daenerys et il n’a plus d’histoire d’amour à vivre. Adieu Tyrion ! (Évidemment, s’il survit, ce paragraphe sera supprimé et je nierai l’avoir un jour écrit ou même envisagé.)

Entre Sansa et Daenerys, ce n’est pas l’amour fou, classique quand une sœur n’aime pas que son frère sorte avec une pimbêche blonde parce qu’elle pense qu’il mérite mieux. Mais la Targaryen voudrait que la vie soit plus belle et tente d’aller faire copine-copine lors d’une conversation privée. Au début, cela semble marcher. La Stark explique qu’elle veut simplement protéger Jon parce que «les hommes font des choses stupides pour les femmes, ils sont facilement manipulables». L’autre répond, à raison, que c’est elle qui est encore plus amoureuse puisqu’elle a déjà perdu un dragon pour lui et qu’elle a emmené toute son armée se cailler les miches ici au lieu d’aller faire la nouba sur le corps de Cersei à Port-Réal. Bon argument. Mais ce qui inquiète vraiment Sansa est la question du partage du pouvoir : Daenerys laissera-t-elle le Nord indépendant, qui en marre de tous ces changements de proprio, une fois au pouvoir, ou alors agira-t-elle comme les autres ? Ouhlà, nouvelle discorde entre elles : la mère des dragons n’a pas le temps de répondre, elle est, heureusement, interrompue par un conseiller.

Face au Stark, pour elle, les discussions ne semblent pas vouloir commencer ou se terminer. Au point qu’on n’est pas très confiant pour son avenir non plus, tant elle semble errer, sans pouvoir. A chaque réunion, que ce soit lors de l’audition de Jaime ou l’étude des cartes militaires, elle cherche l’affection de Jon Snow, mais il l’évite. Obsédé par son lourd secret, le corbeau agit comme un mec de base qui aurait fait une bêtise : il détourne le regard et refuse d’en parler. La reine finit par le confronter dans la crypte où il se recueille devant la statue de Lyanna Stark, sa mère. Il lui avoue alors que son vrai nom est Aegon Targaryen. Une personne normale aurait réagi en disant, «Ohlàlàlà, mais ça veut dire que j’ai couché avec mon neveu, c’est dégoûtant». Mais Daenerys, en experte de son arbre généalogique et amatrice des tags #fauxcest sur Pornhub, n’est pas plus choquée que cela. Non, ce qui l’embête, et ce qu’elle comprend tout de suite, c’est que du coup Jon Snow est le seul héritier mâle Targaryen. Il est donc légitime à réclamer le trône de fer, en tant que fils aîné de Rhaegar, lui-même fils aîné d’Aerys II. Après, les amateurs du jeu vidéo Crusaders King le savent bien, les lois de succession, ça se modifie, il suffit de payer les bonnes personnes… Jon Snow n’a pas l’air d’avoir envie de tout ce pouvoir. Il n’a pas le temps de répondre, les Autres sont là.


(Quand tu te retrouves en face de ton crush secret à la cantine)

Lors de l’étude de la bataille un plan est établi. À l’instar de Star Wars où il faut détruire le cœur de l’étoile noire pour vaincre l’empire, coupez la tête du Roi de la Nuit, et tous les corps des morts-vivants tomberont. Bran, en tant que Corneille à Trois Yeux, propose de servir d’appâts car il sait qu’il est un objet de désir. «Il veut effacer le monde et j’en suis la mémoire», explique-t-il. «C’est ce qu’est la mort, non ? L’oubli», confirme Samwell Tarly. C’est beau comme du George Sand, «l’oubli est le vrai linceul des morts.» Si c’était ça tout l’enjeu de Game of Thrones, alors il n’y avait pas besoin de regarder plus de 60 heures d’épisode. Une heure trente de Coco, l’excellent dessin animé de Pixar au Mexique, suffisait. Bran va donc servir de piège à miel, comme une prostituée russe dans un James Bond. Pour le protéger, Theon est candidat, ce qui n’annonce rien de bon pour leur survie à tous.

En passant, comme ça, il y a un truc entre Theon et Sansa, non ? Elle l’enlace langoureusement à son arrivée et on les voit ensuite manger, complices, dans la cour du château. Schlingue, s’il ne meurt pas, futur prince du Nord, en faisant un beau mariage ? Pourquoi pas… Mine de rien, ils ont bien grandi tous : l’hiver vient mais c’est le printemps des hormones à Winterfell.

Bran et Jaime ont aussi le temps de se voir en tête à tête (c’est non sexuel, on précise). Le Lannister s’excuse et le gamin ne lui en veut pas, «c’est comme ça, c’était par amour». Surtout… si le régicide ne pousse pas le gamin dans le vide, pas d’insurrection, pas de guerre, pas d’histoire… Et donc, pas huit saisons à succès rapportant des millions de dollars et la notoriété à ses acteurs. Bran devrait même le remercier, dans le fond.

(Out of context Pornhub)

Après toutes les réunions, plusieurs personnages décident de se réchauffer auprès du feu. Au passage, des milliers de soldats et de villageois sont regroupés dans l’enceinte du château, mais les grandes pièces sont vides, alors que ça devrait s’entasser partout et sentir comme dans un vestiaire de foot d’ados pubères. On image que le bas peuple gilet jaune se caille dehors tandis que les héros macronistes font un grand débat entre eux.

Autour du bois aussi brûlant que Notre-Dame, Tyrion, Jaime, Davos, Tormund, Brienne et Podrick. C’est l’occasion d’un moment à trois assez gênant entre le Lannister, la combattante et le sauvageon. Tormund essaye d’impressionner la galerie en racontant la fois où il a tué un géant à 10 ans et tété le sein de sa femme pendant trois mois tout en buvant goulûment sa bière, qui dégouline sur sa barbe. Pas très sexy, il est en train de se friendzoner tout seul… Brienne elle, n’a d’yeux que pour Jaime, et réciproquement.

 

Jugeant tous que c’est ridicule qu’elle ne soit pas chevalière parce que c’est une femme, le Lannister décide de l’adouber. Il pose sa grosse épée sur ses épaules. C’est comme si, symboliquement, ils faisaient l’amour. On découvre aussi les talents de chanteur de Podrick, qui entonne un son inédit de Florence + The Machine.

(Un peu trop impressionné le gentil Gendry)

Ceux qui font littéralement l’amour, ce sont, bien sûr Arya et Gendry. On les comprend, c’est aussi ce qu’on ferait la veille de mourir. Leur rapprochement avait déjà été noté lors de l’épisode précédent, il est évident tout au long des 55 dernières minutes. Si tout d’abord elle vient le voir pour qu’il s’occupe de lui tailler une longue arme, il la rejoint ensuite dans une écurie où il s’entraîne. La jeune femme lui demande avec combien de femmes il a couché (sans doute pour les noter sur sa liste). Trois, répond-il, on sait tous que c’est probablement plutôt zéro. Elle lui explique qu’elle n’a jamais connu personne et qu’elle ne veut pas mourir bête. Ils s’embrassent et elle se déshabille, laissant apparaître ses cicatrices.

En agissant ainsi, Arya reprend contrôle de son corps et agit, féministe, comme maîtresse de ses désirs. Elle garde complètement le contrôle. Gendry doit se dévêtir lui-même. Elle n’est pas là pour être à son service. Mais en voulant une relation sexuelle, c’est aussi un moyen pour elle de se rapprocher, de devenir plus humaine. Elle quitte le monde des morts qu’elle côtoie depuis trop longtemps pour pencher du côté des cis-vivants (ceux qui sont nés vivants, sont contents de l’être et veulent le rester).

La scène de coït (on voit rien) et celle où ils sont dans le lit ont fait réagir nombre d’Internautes (c’est parfois très drôle, comme, ici ou ici, notamment Bran que tout le monde imagine se rincer l’oeil).

Il semble difficilement concevable pour certains spectateurs que la petite fille des premières saisons soient devenus un être de chair et de désir. C’est normal, on s’attache un personnage tel qu’il est au départ, mais il est probable aussi que les réactions auraient été moins grandes si ça avait été un garçon perdant sa virginité. On devrait au contraire tous être contents : pour une fois que deux personnes font l’amour en ayant envie dans Game of Thrones et que ce n’est pas un inceste, champagne ! Bon, trois vagues smacks et pas de préliminaires, ça ne devait pas être génial… Espérons surtout pour eux qu’ils puissent recommencer. Rien n’est moins sûr.

Le regard triste d’Arya à la fin, juste avant que les Marcheurs blancs arrivent, nous indique que sa première fois avec Gendry risque aussi d’être la dernière.

(Quand ton date Tinder reste dormir)

En exclusivité, ceux qui vont nous quitter lors de la bataille de Winterfell au prochain épisode :

Tyrion, Ser Jorah, Clegane, probablement Eddison Tallet, Béric Dondarrion, Theon, Gendry et Brienne.


Quentin Girard auprès du feu, à Winterfell