Les abeilles ne meurent pas toutes

http://www.liberation.fr/planete/2019/04/22/les-abeilles-ne-meurent-pas-toutes_1722741

A « La Ruche qui dit oui », l’ambition née en 2011 de « construire un système alimentaire juste » avec des outils numériques est intacte. Road trip avec le mythique duo des Inspectors Clouzo (photo).

Hélène Binet pourrait faire sourire. Foutue expression que « de
la fourche à la fourchette » qui, chez elle, n’a rien des batifolages de Madame
de Sévigné. Dans le numéro 3 de OUI,
elle raconte l’histoire d’une paysanne de 28 ans, Cécile Devault qui se sent
bien au milieu de 160 vaches, 250 poules, 30 oies, une soixantaine de canards,
10 pintades, 7 dindes et dindons, 3 chèvres, 20 moutons, 8 agneaux, 2 cochons
et un cheval. Et qui le fait savoir avec l’accueil à la ferme. En rêvant d’une
grange devenue salle d’expositions et de spectacle ! Cécile : invitez
Christiane Lambert de la FNSEA pour la former à votre modèle.

Un son rugueux et crade

Chez Hélène Binet, on croise Patrick Pellet, qui travaillait
pour les autoroutes et qui s’est arrêté à l’âge de 50 ans à Mornas pour un job
de maraîcher bio. Pas assez fun pour vous, les légumes de la vallée du Rhône ?
Voici Mathieu Jourdain et Laurent Lacroutz, rockeurs gaveurs insoumis. Chez
eux, c’est rock et terroir, musique et rillettes d’oies bio qui peuvent
cacarder jusque dans les concerts. Rugueux et crade garanti. Allez voir leurs clips et leur album We the Peopole of the Soil.

Un peu plus au nord, voici un trio d’éleveurs, Camille, Karine et Thibault (à
peine soixante ans à deux trois) à Sainte-Maure-de-Touraine à Viornay. Des spécialistes de la paille dans
la bûche qui citent Balzac. Ça fait beaucoup de monde dans l’élevage. Un sujet
qui fâche sur plus de vingt pages : 2050,
veut-on vraiment un monde sans viande ?

Viande cellulaire : miam !

Lancinante ritournelle, mal posée. Thierry Keller d’Usbek
& Rica épingle le Lundi vert promouvant une journée sans viande pour « sauver la planète, la santé des personnes et
le respect de la vie animale
». Pourtant, qui peut contredire l’idée
que nos aliments sont trop carnés ? Que nourrir 7,55 milliards d’animaux
sur terre, c’est absurde. Par quoi commencer ? Par les idées. Mettre dans
la tête des mangeurs qu’il faut réfléchir, freiner, explorer d’autres manières
de se nourrir. La « viande de culture » vous dégoûte ? Laissez-la
à ceux qui veulent leurs boulettes hachées. L’ONU a-t-elle exigé qu’on abandonne la viande ? La « mauvaise
conscience
» d’en manger n’est pas encore près de triompher en Occident ? C’est
ne rien savoir de l’anthropologie de l’alimentation.

Sale pollueur que le compost

En attendant, rapatrions l’agriculture en ville. Permacultivons !
Exigeons un urbanisme agricole. Une démocratie alimentaire, chère au juriste
François Collart-Dutilleul. Remplaçons le glyphosate par la charrue. Écoutons Gérard Michaut, président de l’Agence Bio et François Mulet de Maraîchage
Sol vivant qui nous avertit que le compost pollue : « En compostant, on perd la moitié de l’énergie
et de la matière organique, tout en dégageant du CO2. Finalement, le compost, c’est
nul autant sur le plan agronomique qu’environnemental !
»

Le mot de la fin à Damien Carême, maire écologiste de
Grande-Scynthe, connu pour son combat contre la politique gouvernementale vis-à-vis
des réfugiés. Ses 24 000 administrés pourraient, grâce aux jardins
partagées, aux terrains maraîchers, à sa forêt comestible atteindre l’autonomie
alimentaire.

Le cahier donne des dizaines d’astuces pour éviter les
produits chimiques de nettoyage, recyclage, des astuces pour amuser vos hôtes avec des pâtes roses, redresser
des carottes raplapla, conserver des herbes fraîches au frigo, faire mûrir une
poire en une nuit…

Avant une bonne bière de Saint-Wandrille pour faire mentir
les industriels belges usant et abusant des labels d’abbaye qui n’ont rien
d’une onction monastique.

Dans La Ruche qui dit oui, les abeilles ne meurent donc pas.

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La Ruche qui dit oui

1500 ruches en Europe (Belgique, Allemagne, Royaume-Uni,
Italie, Espagne et bientôt Pays-Bas, Suisse et Danemark)

10 000 producteurs

Plus de 130 000 distributions depuis 2011

49 km est la distance moyenne parcourue par les
produits

80 millions d’euros versés aux producteurs depuis la
création