Pourquoi y a-t-il tant de panneaux électoraux sans affiches pour les européennes ?

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Cela a été largement soulevé la semaine passée : avec 34 listes aux élections européennes cette année, dénicher suffisamment de panneaux électoraux avant le lancement officiel de la campagne lundi a été un véritable casse-tête pour de très nombreux maires. Pour respecter l’obligation qui leur était faite d’installer un panneau par candidat et par bureau de vote, de nombreuses municipalités, notamment en zone rurale, ont donc eu recours au système D, en achetant des panneaux stratifiés ou en réduisant le nombre de points d’affichage. Problème : à un peu plus d’une semaine du scrutin, beaucoup de ces panneaux sont vides, s’étonnent des journalistes et des élus locaux. Comment l’expliquer ?

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Précisons d’abord que le collage des affiches n’est pas du ressort des maires. Ce sont les candidats, et donc les formations politiques engagées dans la bataille électorale, qui en sont responsables. «Il appartient à chaque liste candidate de faire usage de l’emplacement qui lui est attribué dans l’ordre du tirage au sort effectué le 3 mai en présence des représentants des [candidats], précise à ce sujet le ministère de l’Intérieur. Dans la mesure où une liste n’apposerait pas d’affiche sur l’emplacement qui lui est dédié, ce dernier devrait rester vierge.» Aucune obligation légale donc à ce que chaque panneau reçoive impérativement une affiche de campagne.

«Fausse impression»

Pour le collage des affiches par ailleurs, la plupart des grandes formations, celles qui sont certaines de dépasser le seuil des 3% permettant le remboursement des frais de campagne, ont recours à un prestataire en plus de leurs militants. La liste Les Républicains, comme une douzaine d’autres, a par exemple donné subrogation à France Affichage Plus (FA+), une société qui emploie un peu plus de 600 afficheurs professionnels dans l’Hexagone, pour effectuer le collage des 157 000 affiches officielles de la campagne de sa tête de liste François-Xavier Bellamy en métropole et dans les outre-mers. «Ils ont commencé à coller lundi matin, indique à Libération la directrice de la communication de la campagne Bénédicte Constans. Un deuxième passage est également prévu la semaine prochaine pour remplacer les affiches dégradées ou arrachées mais dans certains petits villages, ce sont des tournées compliquées à organiser et le chargement est arrivé avec 24 heures de retard dans les Antilles.»

Le faible nombre d’affiches collées à dix jours du scrutin serait-il une «fausse impression» ? Oui, répondent LR, le Parti socialiste ou La France insoumise, contactés par Libération. «C’est simple : notre prestataire doit coller sur tous nos panneaux d’ici à la fin de la semaine, puis faire un deuxième passage la semaine prochaine. Donc, en théorie tous nos panneaux auront une affiche», détaille Bastien Lachaud, directeur de campagne de La France insoumise pour les européennes. «On a fait aucune économie sur ce point-là, soulignent de leurs côtés les communistes, par conséquent, on a quasiment le triple d’affiches par rapport au nombre de panneaux. Ces derniers entretenus par les militants, c’est la force du PCF.» La liste insoumise de Manon Aubry a quant à elle fait imprimer 80 000 affiches supplémentaires pour ses militants, invités à entretenir les points d’affichage en plus du prestataire lors de la deuxième semaine. «Comme c’est très coûteux, beaucoup de listes ne peuvent pas se permettre cette dépense», complète le député insoumis.

«Visibilité»

Et c’est pourquoi, bon nombre de panneaux électoraux resteront vraisemblablement vides. Sur les 34 listes validées pour participer au scrutin européen, les deux tiers ne sont pas certaines d’atteindre le fatidique seuil des 3%. Les frais d’affichage étant à leur charge, ces «petits» candidats ne sont donc pas en mesure de fournir du matériel pour les 80 000 points d’affichage de la métropole. Exemple avec le Parti pirate, 0,21% des voix aux européennes de 2014. «Cette année, nous allons cibler les panneaux dans les rues où il y a le plus de passages et surtout en fonction des disponibilités des gens qui voudront bien s’en charger, explique Florie Marie, la tête de liste alsacienne des pirates français. On n’a rien budgété à ce niveau, le Parti ne finance pas les affiches, donc les militants s’en chargent à la hauteur de leurs moyens.» Et d’ajouter : «Si nous n’avions pas à payer nos bulletins pour permettre à nos électeurs de voter pour nous nous aurions payé des affiches en priorité.»

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D’autres petites formations ont cependant préféré être présentes sur tous les panneaux électoraux hexagonaux, au détriment d’autres lignes budgétaires. C’est le cas du Parti animaliste qui a fait le choix de ne pas envoyer de profession de foi pour tirer 80 000 affiches ou d’Urgence Ecologie qui ne va imprimer que 15% des bulletins de vote le jour des élections pour imprimer environ 159 000 affiches, l’équivalent de six tonnes de papier. «On l’a fait pour des raisons de visibilité même si les règles actuelles sont absurdes d’un point de vue financier», soulève à ce propos la députée non inscrite Delphine Batho à l’initiative de cette liste conduite par le philosophe Dominique Bourg. Une présence devant les bureaux de vote que n’aura pas la liste Europe Démocratie Espéranto, et ses 4 000 affiches. 

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Florian Bardou